Clyne

Mes tribulations...

01 février 2008

Vis ma vie de caissière

carrefour_enseigne_grande_distribution_magasin_hypermarche_2332450Aujourd'hui les salariés de la grande distribution sont en grève.
Tout ce qui touche à la grande distribution, a fortiori à ses employés, me touche particulièrement dans la mesure où j'en étais une il y a encore 3 ans.

J'ai intégré la fameuse enseigne Ca****our (mais qui peut donc bien se cacher derrière ce mot tronqué ?!) alors que j'étais en 1ère année de deug de langues. A l'époque j'étais fleuriste sur le marché tous les dimanche depuis déjà 3 ans et une de mes camarade de promo m'a dit qu'elle gagnait pas mal en étant embauchée en contrat étudiant dans cette enseigne.
J'ai donc quitté mon job de fleuriste pour devenir caissière. Oups ! On ne dit pas caissière mais hôtesse de caisse, c'est différent :P

Le contrat étudiant dans mon hyper (c'est le mien là en photo !) consiste à bosser 16h par semaine à raison de 2 soirs (18h - 22h) et le samedi toute la journée (9h - 21h). J'ai tout de suite trouvé ce job sympa, en plus je ne bossais pratiquement qu'avec des étudiants (la tranche 18h - 22h leur est réservée, les caissières à temps plein sont elles obligées d'en faire au moins 1 par semaine) donc l'ambiance était cool.
Je n'ai d'ailleurs pas tardé à succomber aux charmes d'un "roller", le sauveur de ces dames les hôtesses de caisse lorsqu'elles ont un quelconque problème. Il faut savoir que le couple roller / caissière est un classique. C'est même un stéréotype...
Dès qu'une nouvelle caissière arrive, les rollers sont à l'affut en train de lui attribuer une note et de lui venir en aide toutes les 5 minutes même si elle n'en a pas besoin juste pour faire sa connaissance (dans le cas où elle est mignonne bien sûr, sinon ca vaut pas...). Comme vous l'aurez compris, la plupart des rollers étaient donc en couple avec des caissières. Ainsi certains affichaient un tableau de chasse de caissières impressionnant. Le seul hic, c'est que quand l'histoire se finit il faut continuer à bosser ensemble ensuite et savoir rester professionnel mais c'est une autre histoire...

Il aura fallu à peine quelques mois pour que je décroche totalement de la fac (qui était loin et qui ne me passionnait pas plus que ca) et pour que je prenne de plus en plus de "compléments". C'est à dire que je voulais travailler plus pour gagner plus, et ouais, cette notion existait déjà en 2003  :P

D'ailleurs à ce propos, il faut reconnaître que les salariés de mon enseigne ont plein d'avantages (ce qui n'empêche pas le travail d'être pénible et de se faire presser comme des citrons par la direction pour une paie maigrlette en fin de mois). Il y avait l'intéressement mais aussi la participation, les primes, les bons d'achat aux vacances d'été et à Noël... Ce qui rapportait le plus était de travailler les jours fériés et les dimanches (je suis POUR le travail le dimanche, qu'on se le dise). La paie du mois de décembre où nous travaillions 3 dimanches était plutôt pas mal du tout !

Suite à mon abandon de la fac j'ai décidé de me réorienter en BTS en alternance. J'ai donc quitté mon job étudiant en août 2003. Malheureusement, en septembre je n'avais toujours pas d'entreprise (c'est déjà particulièrement dur à trouver, mais dans le domaine de la com qui fonctionne beaucoup avec les stagiaires c'était limite mission impossible...).
En octobre, après 2 mois d'oisiveté (on se dit toujours qu"on aimerait avoir 2 mois de vacances là comme ca pour ne rien faire mais franchement je commencais à dépérir !) et avec plus un rond en poche j'ai donc décidé de bosser pendant un an et de mettre de l'argent de côté (je ne l'ai pas fait mais j'ai refait ma chambre, acheté un ordi... bref j'ai investi).

Je suis donc retournée postuler chez Ca****our pour contrat de 28h cette fois ci. Le gros avantage était que je faisais moi-même mes horaires, le pied !
J'ai découvert une autre facette de mon hyper. Car ne travailler que le soir avec des étudiants et travailler toute la journée avec des caissières "permanentes" ca n'est pas du tout la même ambiance. Et bien figurez-vous que j'ai préféré.
Les chefs déconnaient avec les petits étudiants le soir et le samedi mais le matin à l'ouverture on sentait que c'était nous le nerf de la guerre (je dis ca mais si ca se trouve je suis la seule à avoir perçu les choses comme ca hein). On nous mettait la pression sur les objectifs, les messages à faire passer aux clients, etc...

A partir de là, ma vie a un peu changé. J'étais une caissière, une vraie, c'était devenu mon activité principale. Lorsque je parlais avec certaines nanas qui bossaient là depuis plusieurs années et que je leur disais que c'était juste pour un an, elles me répondaient qu'elles aussi elles s'étaient dit ca à l'époque et que finalement elles étaient toujours là...
Je sentais que je saoulais mes amis avec mes histoires de caisse. Eux étaient à l'école et nos sujets de conversations et nos préoccupations ne convergeaient plus forcément dans la même direction...

Je dis toujours que cette expérience a été très importante pour moi car plonger dans les méandres de la grande distribution m'a fascinée. Il y a de tels efforts de communication interne pour tous nous faire adhérer aux valeurs de l'enseigne et pour pomper notre énergie.. tant et si bien qu'au bout d'un moment notre vie c'est notre hyper. On y travaille, on y fait nos courses, on y a nos amis et on y a nos amours !! (hormis les étudiants, beaucoup de gens étaient d'ailleurs mariés ou en couple de longue date).
Voilà à quoi se résumait ma vie. Mon mec était roller donc je bossais avec lui pratiquement tous les jours, le soir je sortais avec mes collègues et mon jour de repos je venais faire mes courses ! Non sans faire le tour de tous les copains en caisse. Le lavage de cerveau est vraiment impressionant.

Lorsque j'ai posé ma démission en août 2004 juste avant de commencer mon BTS et mon travail dans ma nouvelle entreprise, je commencais à sévèrement péter un plomb. La routine m'usait de plus en plus et le fait de ne plus "réfléchir" autant qu'avant me pesait. Je me sentais inutile et je cherchais mes mots parfois tellement je n'avais plus l'habitude d'utiliser un langage un tant soi peu élaboré... Ca m'a fait ça au bout de 2 ans. Quand je pense que certaines personnes étaient là depuis 20 ans...

Je n'ai malgré tout pas pu m'empêcher d'éprouver une grande tristesse à l'idée de quitter cette communauté à laquelle j'étais attachée... Car une fois qu'on est plus dans le circuit, ca n'est plus pareil. J'ai gardé le contact avec quelques collègues (mais comparé aux centaines de personnes que je cotoyais chaque jour, c'est peu), je continue à faire mes courses dans cet hyper et je trouve toujours quelqu'un à saluer mais ce n'est plus comme avant où je connaissais tout le monde et tout le monde me connaissait. A force de ne plus voir les gens régulièrement on les oublie...
Quand je passe en caisse et que je connais la personne je lui dit bonjour et je regarde si elle me reconnait mais je n'ose plus m'adresser à elle comme avant car je ne fais plus partie de la maison...
Il m'arrive même de faire des détours lorsque je vois quelqu'un au loin que je connais car comme je ne sais pas si elle va me reconnaître à son tour, je ne sais pas comment me comporter...

Je suis quelque peu nostalgique en vous écrivant tout ceci car malgré tout Ca****our aura vraiment été une expérience importante pour moi.
J'aimais toutes les petites opérations de motivation qui avaient lieu, les défis pour gagner des bons d'achat, les photos de nous dans la salle des caisses, les concours de gâteaux pour gagner un ensemble de poêles Tefal...
Ca ne volait pas bien haut et je sais que cela faisait partie de la politique de com interne mais j'aimais les relations humaines que j'avais avec certains de mes chefs ou de mes collègues que je n'ai pas forcément retrouvé dans les jobs qui ont suivi...

J'aimais bien gérer ma caisse, accueillir les clients avec le sourire si possible (oui parce que bon parfois, la caissière a des problèmes et comme tout le monde elle a pas forcément envie de sourire), discuter avec eux, analyser le contenu de leur chariot (qu'est ce que je me marrais intérieurement parfois), bref, j'essayais d'être la caissière devant laquelle j'aurais aimé passer en faisant mes courses.

Et pour être honnête, à chaque fois que je vais faire mes courses dans mon hyper, j'ai toujours envie de me mettre derrière la caisse ne serait-ce que pour passer quelques clients...
C'est grave docteur ?

Posté par C lyne à 12:56 - Vis ma vie - Permalien [#]